La formation à la conduite auto a techniquement 30 ans de retard en France !


Nous nous sommes procurés le questionnaire officiel du BEPECASER de mai 2012, l’examen du diplôme de moniteur à la conduite. Son analyse est stupéfiante : les questions posées démontrent que l’administration a 30 ans de retard sur la définition technique d’une automobile et des pratiques de conduite. En France, l’apprentissage de la conduite est sur-administré par une administration aux connaissances surannées.


Le Bepecaser ce n’est pas rien, c’est le diplôme des moniteurs à la conduite ; des « moniteurs d’Auto-École » pour le grand public. Attention ces derniers n’y sont pour rien, ils sont là pour répondre aux 40 questions posées. L’exercice demandé démontre en revanche parfaitement que l’administration qui donne le droit d’apprendre à conduire est totalement dépassée et ignorante des progrès techniques du monde de l’automobile. La compétence technique du Ministère de l’Intérieur sur ce point est globalement celle datant de la Renault 16 ou Renault 25, c'est-à-dire du milieu des années 80 dans le meilleur des cas et donc bien avant les grandes séquences d’évolutions techniques visant à améliorer la sécurité dans la décennie 90 ou de la protection de l’environnement depuis 2000, extraits :

Le Ministère pense encore que les freins lâchent !

Dans un véhicule automobile, le double circuit de freinage est constitué ? A – d’un circuit reliant la roue avant gauche à la roue arrière droite et d’un second circuit reliant les autres roues ; B – d’un circuit reliant la roue avant gauche à la roue arrière gauche et d’un second circuit reliant les autres roues.
Tout d’abord, pour l’éducation du rédacteur, il existe en tout quatre schémas de double circuit de freinage. Dans notre cas, il évoque évidemment le double circuit de freinage en X ou en diagonale (sans le nommer, sinon la question serait du coup trop facile). Ce vieux truc exhumé des années 70 avait pour vocation de faire de face aux défaillances des circuits hydrauliques et de permettre à l’auto de s’arrêter en ligne ou presque quand les freins lâchaient, mais le machin présentait aussi des défauts. Seulement voilà, le double circuit en diagonale n’existe plus, il est rangé au musée grâce à la qualité des systèmes hydrauliques obtenus dès les années 80, les problèmes de fiabilité et les défaillances ont disparu. Le contrôle technique obligatoire instauré dans les années 90 vérifie tout cela scrupuleusement tous les deux ans. Enfin et surtout, l’ABS à obligatoire relégué définitivement notre pauvre freinage en X en une simple petite caractéristique technique, une anecdote de l’histoire technique de l’automobile puisqu’il est incompatible avec le système. Pour être « up to date » il aurait fallu parler amplificateur de freinage, interaction ESP et ABS ou du système Mercedes qui sèche automatiquement les disques en frein en cas pluie par une légère impulsion sur les plaquettes. Dans le secret des bureaux d’étude, la technologie des systèmes de freinage est globalement arrivée à maturité et permet des décélérations dépassant facilement le 1,2 G, et l’amélioration de la sécurité sur route passe désormais non pas par le développement des systèmes de freinage, mais par la généralisation des systèmes d’aides à la conduite électronique et de prévention active des collisions.

Les niaiseries continuent, rien ne les arrête, même pas leurs freins

Dans le questionnaire, il n’y a pas seulement des concepts complètement obsolètes, il y a aussi quelques belles niaiseries dans le genre de la question 15

En circulation le frein principal d’un véhicule automobile, permet : A – de diminuer la vitesse d’un véhicule B – de maintenir un véhicule en stationnement

d’arrêter le véhicule Retour de notre technicien nostalgique qui demande « si le rôle d’une bougie est d’enflammer le mélange air/gasoil grâce à une étincelle ? Et qu’appelle-t-on une “cylindrée” ?

Vous avez lu, la bonne vieille notion de cylindrée des moteurs qui incarnait directement la puissance des moteurs jadis est l’une des 40 questions du BEPECASER en 2012. Si ce n’est que la notion de cylindrée sur une voiture est désormais complètement imprécise. L’heure actuelle est au downsizing des moteurs c'est-à-dire à la réduction justement de la cylindrée, les motoristes offrent depuis 10 ans déjà des moteurs similaires avec une cylindrée unique (par exemple de deux litres), mais avec au choix deux niveaux de puissance (140 et 170 ch). La différence entre ces deux niveaux de puissance étant obtenue simplement par une gestion différente des paramètres de la gestion électronique du moteur ou du turbo, notamment pour les diesels. La notion de cylindrée est désormais totalement vide de sens, juste une caractéristique.


Conséquences ?

En réalité le maximum de modernité technique est atteint dès la question 5 : “quels sont les éléments de sécurité qui permettent de réduire les conséquences d’un accident ?” : l’ABS, l’air-bag ou la ceinture ???? (L’airbag sans tiret est dans tous les dictionnaires depuis 1992, l’ABS depuis la fin des années 80).
La seule modernité parmi le questionnaire concerne finalement les chiffres récents sur la sécurité routière, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !
En résumé, le questionnaire du Ministère de l’Intérieur n’a pas la moindre crédibilité technique en 2012, ni le moindre ancrage dans le monde présent. À l’heure de la généralisation des systèmes d’aide à la conduite, des véhicules communicants et des changements d’énergie, le Ministère de l’Intérieur tient bien sa droite à 90 km/h dans sa vielle Renault 16 ! il est irréprochable, il donne des leçons de conduite, fait la morale, il est grotesque…

Comment imaginer un décalage de trois décennies entre le législateur et la réalité du terrain

Ce négationnisme technique des progrès industriels et techniques démontre surtout une perte de contact totale avec la réalité de la conduite actuelle et la définition d’une voiture. Objectivement, comment imaginer un décalage de trois décennies entre le législateur et la réalité du terrain puisse être efficace ? Comment accorder une quelconque valeur au Bepecaser ? D’ailleurs les moniteurs le reconnaissent, ce diplôme ne les prépare pas à la formation à la conduite qui se fait finalement sur le tas, dans la voiture d’auto-école pendant au moins trois ans. Cette méconnaissance ministérielle a souvent été dénoncée par les associations de défense des automobilistes, mais aujourd’hui cette attitude digne de l’aire Soviétique n’est plus tenable, car on la retrouve non seulement dans la formation des futurs moniteurs, mais également à la Sécurité Routière, qui oublie elle aussi les progrès techniques pour parler de son efficace bilan répressif, et perd un peu plus de sa crédibilité à chaque communiqué de presse.

Vendredi 24 Aout 2012
Permis Pratique


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